En 2025, l’actualité Mali est dominée par les déclarations du président de la transition, le Général Assimi Goïta, dont le dernier discours, prononcé lors de la présentation des vœux en janvier 2025, a suscité de vives réactions. Dans un contexte marqué par une transition politique prolongée, des défis sécuritaires et des tensions économiques, ce discours a mis en lumière les priorités du gouvernement malien : sécurité, souveraineté et développement. Cet article analyse les points clés de cette allocution, ses implications pour le Mali et les débats qu’elle a engendrés au sein de la population et des observateurs.
Une posture axée sur la sécurité nationale
Le Général Goïta a insisté sur le fait que le Mali est en guerre, un message clair et solennel qui reflète la gravité de la situation sécuritaire. Avec des attaques récurrentes dans des régions comme Kayes et le nord du pays, le gouvernement met l’accent sur le renforcement des capacités militaires pour contrer les menaces terroristes et rebelles.
Un renforcement militaire continu
Le président a annoncé la poursuite des recrutements dans l’armée et l’acquisition d’équipements militaires, soulignant que les efforts actuels restent insuffisants face à l’ampleur des défis. Ce discours, prononcé en bambara pour toucher un large public, a mis en avant la nécessité d’une mobilisation nationale pour sécuriser le territoire. Par exemple, des opérations militaires récentes entre Kidal et Anefis témoignent de l’engagement des Forces Armées Maliennes (FAMa) contre les groupes armés. Cette posture martiale vise à rassurer la population, mais elle suscite aussi des interrogations sur les coûts financiers de ces investissements dans un contexte économique tendu.
Une réponse aux défis régionaux
La région de Kayes, frontalière avec le Sénégal, a été particulièrement touchée par des attaques revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, dirigé par Iyad Ag Ghali. Le discours de Goïta a réaffirmé l’engagement du gouvernement à protéger cette zone stratégique, essentielle pour l’économie malienne en raison de son rôle dans le commerce régional. Cette priorité reflète une volonté de stabiliser les régions clés pour éviter une dégradation économique et sociale.
La transition politique : une prolongation controversée
Le discours a également abordé la question de la transition politique, un sujet brûlant dans l’actualité Mali. La transition, initialement prévue pour s’achever en 2024, a été prolongée indéfiniment, une décision justifiée par Goïta par la nécessité de “pacifier totalement le pays” avant d’organiser des élections.
Les critiques de la société civile
Cette prolongation a suscité des réactions mitigées. Une coalition d’organisations politiques et de la société civile a exigé, en mars 2024, un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Le discours de Goïta, bien que ferme, n’a pas proposé de calendrier électoral clair, alimentant les inquiétudes sur une consolidation du pouvoir par la junte. Des figures comme Choguel Kokalla Maïga, Premier ministre, ont critiqué cette approche, soulignant que l’insécurité est utilisée comme un “justificatif” pour maintenir la transition indéfiniment. Ces tensions illustrent les défis d’équilibrer sécurité et démocratie dans un pays en crise.
Une nouvelle constitution en attente
Le référendum constitutionnel de juin 2023, qui a conduit à la promulgation de la Constitution de la 4ème République, avait suscité des espoirs de retour à un ordre démocratique. Cependant, l’annulation des élections prévues pour 2024 a freiné ces aspirations. Le discours de Goïta a réaffirmé l’engagement à respecter cette constitution, mais sans préciser comment ni quand elle sera pleinement mise en œuvre. Cette ambiguïté alimente les débats sur la légitimité de la transition.
Les défis économiques et les réformes financières
Le discours présidentiel a également abordé les questions économiques, dans un contexte où le Mali fait face à une dette publique élevée (55,9 % du PIB en 2023) et à un déficit budgétaire de 3,6 % en 2024. Goïta a mis en avant des initiatives pour renforcer la résilience économique, notamment dans les secteurs de l’énergie et des mines.
Une gestion controversée des ressources
Le Mali, troisième producteur africain d’or, tire une grande partie de ses revenus de l’exploitation minière. Cependant, un différend avec Barrick Gold, lié à l’application rétroactive du nouveau code minier, a perturbé la production aurifère en 2024. Le discours de Goïta a souligné la nécessité de maximiser les revenus miniers pour l’État, avec des accords signés fin 2024 pour augmenter la part des dividendes publics. Ces mesures visent à réduire la dépendance aux financements étrangers, mais elles risquent de compliquer les relations avec les investisseurs internationaux.
Des avancées dans l’énergie et les infrastructures
Le président a également évoqué des projets comme la nouvelle centrale solaire de Fana, construite par Sinohydro, qui renforcera l’accès à l’énergie dans des régions clés comme Bamako. Cette initiative, combinée à des baisses récentes des prix du carburant (50 FCFA par litre en octobre фы2024), vise à alléger la pression sur les ménages maliens. Ces annonces montrent une volonté de répondre aux préoccupations économiques immédiates, tout en investissant dans des infrastructures durables.
Le rôle des partenariats internationaux
Le discours de Goïta a réaffirmé la volonté du Mali de diversifier ses partenariats internationaux, notamment avec la Russie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), formée avec le Burkina Faso et le Niger. Le retrait du Mali de la CEDEAO en janvier 2024 a marqué un tournant diplomatique, reflétant une quête de souveraineté régionale.
Une coopération renforcée avec la Russie
La transition vers le groupe Africa Corps, remplaçant les mercenaires Wagner, illustre l’approfondissement des liens avec la Russie. Le discours de Goïta a salué cette coopération, qui inclut des livraisons d’armes et un soutien logistique pour les FAMa. Cependant, cette alliance suscite des critiques, notamment en raison des accusations d’exactions commises par des groupes russes contre des civils maliens.
L’Alliance des États du Sahel
L’AES, devenue une confédération en juillet 2024, vise à renforcer l’intégration économique et sécuritaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Le discours présidentiel a mis en avant cette alliance comme un moyen de promouvoir l’autonomie régionale, mais les défis logistiques et financiers limitent son impact à court terme. Ces choix diplomatiques redessinent la place du Mali sur la scène internationale, au prix de tensions avec les partenaires occidentaux.
Perspectives pour l’avenir du Mali
Le dernier discours de Goïta reflète une vision centrée sur la sécurité, la souveraineté et le développement économique, mais il soulève aussi des questions sur l’avenir démocratique du Mali. La prolongation de la transition, les investissements militaires et les réformes économiques divisent l’opinion publique.
Vers une pacification durable ?
La priorité donnée à la sécurité est compréhensible dans un pays confronté à des menaces multiples, mais elle ne doit pas occulter les besoins démocratiques. Les concertations nationales, en cours depuis avril 2025, pourraient offrir une voie vers un dialogue inclusif, à condition qu’elles impliquent réellement la société civile et l’opposition.
Un équilibre entre réformes et attentes populaires
Les Maliens attendent des résultats tangibles, que ce soit en matière de pouvoir d’achat, d’accès à l’énergie ou de stabilité. Le projet Malidenko, financé à hauteur de 150 millions USD par la Banque Mondiale, illustre les efforts pour soutenir les communautés vulnérables. Ces initiatives, combinées aux promesses du discours présidentiel, pourraient renforcer la confiance, mais leur mise en œuvre reste un défi. Pour en savoir plus sur ces développements, consultez les dernières En savoir plus sur l’actualité.


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